La banane, une culture qui peut faire vivre son homme

La banane, une culture qui peut faire vivre son homme

08/03/2019

Mamadou Ciss, actuel secrétaire Exécutif de APROVAG, a célébré en septembre sa première année en tant que coordonnateur de L’Association des PROducteurs de la VAllée fleuve de la Gambie. Nous avons décidé de l’interviewer pour écouter le témoignage direct du nouveau coordonnateur de l’organisation des producteurs des bananes et acteur clé du projet.

Rikolto travaille avec APROVAG depuis 2007. Le chemin n’a pas toujours été sans heurt mais, malgré les difficultés, des progrès significatifs ont pu être observés. Ces évolutions posent de nouveaux défis que Mamadou est prêt à relever.

Monsieur Ciss, vous avez commencé à travailler pour APROVAG en septembre 2017, est-ce que vous pourriez nous raconter une histoire positive qui vous a particulièrement marqué depuis votre arrivée ?

Je ne vais pas vous raconter l’histoire d’un événement en particulier mais celle du rôle que les femmes ont joué et jouent toujours dans ce projet. Depuis mon arrivée j’ai constaté (et les techniciens l’ont confirmé) que les meilleurs régimes des bananes, sont obtenus avec les femmes et avec les personnes âgées. Ce sont les femmes qui respectent le mieux l'application des bonnes pratiques agricoles et des bonnes pratiques de conditionnement.

En outre, leur esprit combatif et leur engagement dans le projet me donnent beaucoup de courage. Depuis mon premier jour elles renouvellent leur soutien. Quand je suis démoralisé elles me rassurent que, même si le projet est ambitieux, elles sont de mon côté et prêtes à faire de leur mieux.

Pouvez-vous nous dire quelles ont été les grandes réalisations de Rikolto pour APROVAG au cours de 2018 ? Quelle est votre plus grande fierté ?

Les changements plus significatifs sont notés au niveau du renforcement de capacités. Différents acteurs ont amélioré leurs capacités grâce aux séances de formation. Notre équipe de finance a été formée sur l’utilisation d’un nouveau logiciel qui nous a permis d’avoir un système comptable beaucoup plus fiable. Une équipe des techniciens a été formée sur les techniques de production et d'irrigation modernes et plus efficientes ; le nouveau système d'irrigation par aspersion qui a été adopté, permet aux agriculteurs de réduire leur présence sur la parcelle et de gagner ainsi du temps pour d’autres activités. Et pour finir, plus de 200 producteurs ont reçu une formation sur les bonnes pratiques de conditionnement grâce à la décentralisation de la formation.

Nous avons reçu un support pour l’élaboration d’un business plan pour une étude de rentabilité de l’unité compostière et nous avons lancé une étude sur la caractérisation du compost en collaboration avec l'école nationale Supérieur d'agriculture (ENSA). Cette activité nous permettra à termes de produire un compost de meilleure qualité.

Également, Rikolto a facilité l’acquisition du matériel (matériel d’irrigation, 2 motopompes, 1 tracteur, 1 retourneur de composte) nécessaire pour la réalisation de nos activités agricoles.

Au-delà de l’amélioration que nous avons atteinte cette année au niveau de la professionnalisation, une des plus grandes fiertés de 2018 a été le redémarrage du processus de conditionnement à Sankagne depuis Octobre 2018. La station de conditionnement avait arrêté son activité à cause d’un conflit entre les acteurs impliqués (membres du GIE et le staff de APROCOP – voir en dessous de la page). Rikolto et Horizont3000, un autre partenaire, ont joué un rôle important dans la médiation entre les acteurs qui a amené au redémarrage de l’activité.

APROVAG a mis sur le marché 250 T de banane en 2016, 350 T en 2017, mais avec la crise en 2018, seulement 126 T a été commercialisé.

Quels sont les grands défis à relever pour réussir le programme futur et qu’est-ce qu’il faudrait améliorer davantage ?

Un des plus grands défis sera de renforcer la sensibilisation et la prise de conscience des producteurs sur la grande opportunité que le marché des bananes BIO représente. La façon de produire a changé et les producteurs ont besoin d’un accompagnement de proximité pour faciliter la transition d'un système de culture traditionnel vers des techniques de production plus modernes, qui va au-delà des séances de formation.

D’un point de vue plus pratique il faudrait aussi : étendre l'irrigation par aspersion sur tout notre périmètre d’intervention. Cela permettra au producteur (surtout les femmes) de passer moins de temps sur la parcelle, et de diversifier ses cultures et augmenter ses revenus. Il faudrait aussi améliorer le transport primaire (entre les parcelles et la station de conditionnement) et secondaire (entre la station de conditionnement et le marché). Le deuxième transport, fait à travers des camions frigorifiques qui conservent les bananes, est une opération délicate est potentiellement risquée. Internaliser ces activités au sein de APROVAG pourrait réduire les risques : avoir nos propres moyens de transports pour acheminer la banane de Tambcounda a à Dakar sans devoir dépendre d'un tiers.

De plus, une étude de marché finalisée à élargir le commerce dans les autres capitales régionales et des partenariats avec les grandes surfaces pourraient renforcer et favoriser considérablement APROVAG.

A travers vos mots et vos réponses vous m’avez raconté une histoire : qui devrait entendre cette histoire et quel est le message clé que vous voulez transmettre ?

Je voudrais raconter cette histoire aux producteurs et à tous les décideurs de ce pays.

Les producteurs des bananes peuvent améliorer significativement la qualité de leur vie grâce aux revenus de la culture de la banane. La marge bénéficiaire du producteur de banane est aujourd’hui à 1774980 FCFA/ha (2706 euros/ha /campagne). Plusieurs familles ont pu envoyer les enfants à l’école et les inscrire à la mutuelle de santé. Cependant il y a encore des améliorations sur lesquelles travailler parce que certains villages manquent d’électricité ou d’eau courante et les mauvaises conditions des routes empêchent un accès facile aux parcelles.

Je voudrais encourager l’État à subventionner la production biologique de la banane et prendre les dispositions nécessaires pour pouvoir consacrer une partie du marché à cette culture.

La filière de la banane bio est une source de travail et des revenues avec un gros potentiel. Elle donne des opportunités d’insertion aux jeunes et du travail à plusieurs personnes qui ne sont pas forcément agriculteurs (travailleurs temporaires, camionneurs, chargeurs des camions…). En effet, sur un ha on emploie au moins 5 personnes. Une plantation de 500 ha permettrait d’offrir 2500 emplois à des jeunes.

La culture de la banane peut faire vivre son homme et apporter d’énormes avantages à toute la communauté. Il faut investir dans ce business qui apportera des bénéfices à tous.

APROVAG a commencé comme une association à but non lucratif dont l'objectif est de défendre les intérêts de ses membres affiliés. Ce statut d’APROVAG bien que très important au plan politique, est difficile à concilier avec des activités commerciales sur lesquelles l'organisation compte pour augmenter ses revenus afin de réduire sa dépendance aux subventions qui couvrent 70% de son budget. D’où la création d’une branche commerciale, APROCOB. Le défi majeur est de faire de ces deux entités, des structures professionnelles aux procédures et attributions acceptées de tous.