Un modèle d’affaire innovant pour améliorer les revenus des femmes étuveuses au Burkina Faso

Un modèle d’affaire innovant pour améliorer les revenus des femmes étuveuses au Burkina Faso

Les femmes étuveuses du Burkina veulent créer et tester la rentabilité d’un modèle d’affaire compétitif et durable qui leur rend service (accès au crédit, marché, intrants, formation, …) et leur permet d’accroître leurs revenus en vendant un riz étuvé de qualité et en quantité.

Contexte

Au Burkina Faso, le riz est devenu l’aliment préféré de la grande partie de la population, surtout en milieu urbain. Les femmes des producteurs de riz se sont converties en femmes étuveuses de riz pour sauver la filière après le désengagement de l’Etat de ses fonctions de commercialisation du riz. En effet, avec la libéralisation du commerce, l’Etat a arrêté d’acheter le paddy des producteurs pour le transformer et le revendre. Les producteurs de riz ce sont ainsi retrouvés sans acquéreur de leur production. Voyant leurs époux en difficulté pour l’écoulement de leur production de paddy, les femmes se sont organisées en structures de transformation du paddy en riz étuvé, offrant ainsi un débouché à leurs époux dont le paddy n’était plus acheté par l’Etat.

Le riz étuvé, est un riz que les femmes ont passé à la vapeur avec toute son enveloppe pendant un certain temps, fait séché au soleil puis à l’ombre, avant de le décortiquer. Il est plus nutritif que le riz blanc qui n’a pas subi cette transformation.

Aujourd’hui, l’activité d’étuvage concerne environ 16000 femmes étuveuses. Environ 3000 d’entre elles se sont organisées en groupements et ensuite en une faîtière nationale, l’Union Nationale des Etuveuses de RIZ du Burkina (UNERIZ). L’UNERIZ est une organisation dynamique qui regroupe 10 unions de base et 3.163 femmes membres individuelles. Depuis 2011, RIKOLTO appuient les femmes étuveuses, afin de les aider à professionnaliser l’activité d’étuvage, accroitre leurs revenus et renforcer ainsi leur position dans la société.

RIKOLTO est ainsi entré en partenariat avec UNERIZ qui a la même vision du développement des femmes étuveuses. Les femmes étuveuses, malgré les qualités nutritives de leur produit (le riz étuvé est recommandé pour les diabétiques ; il très riche en vitamines car la transformation a fait migrer les vitamines de l’enveloppe à l’intérieur du grain), ont du mal à écouler le riz étuvé pour les raisons suivantes : le riz étuvé présente souvent des grains noirs, des résidus de décorticage (son, balle de riz), des cailloux que les consommateurs n’apprécient pas. Aussi, avec l’appui de différents partenaires dont RIKOLTO, les femmes étuveuses ont construit des centres d’étuvage. La transformation dans ces centres d’étuvage est la seule qui permet de garantir jusqu’à présent la qualité demandée sur le marché (un riz produit de manière hygiénique, sans cailloux ni grains noirs ou résidus de son et bien emballé).

Les centres d’étuvage servent à la fois de lieu d’apprentissage pour améliorer les pratiques de transformation et de gestion, mais aussi, doivent permettre aux femmes d’améliorer leurs revenus. Les femmes y produisent le riz étuvé à tour de rôle à cause de leur grand nombre. Cette situation ne permet pas aux femmes de vraiment avoir suffisamment de revenus.

Alimatou Oeudraogo, la sécretaire permanente de l'UNERIZ depuis 2012, explique le travail de son organisation;

Individuellement, les femmes n’ont pas toujours l’équipement et les moyens financiers nécessaires pour produire la qualité de riz recherchée par le marché: RIKOLTO et UNERIZ veulent aussi alors développer un modèle d'affaires en franchise qui va renforcer l’étuvage à titre individuel ou par de petites entreprises composées de quelques femmes étuveuses.

Défis

  • l’étuvage est surtout pratiqué à la maison car il y a peu de centres d’étuvage : actuellement 10 centres d’étuvage sur toute l'étendue du territoire burkinabè.
  • Les producteurs de riz sont réticents à livrer leur paddy à crédit aux femmes car ils ont bien souvent des besoins financiers urgents à satisfaire ; ils comptent sur leur production pour avoir de l’argent.
  • les femmes individuelles ont très peu accès au crédit pour s’équiper, s’approvisionner conséquemment et produire du riz étuvé de qualité et en grande quantité : difficultés pour remplir toutes les conditions de garantie, et quand elles ont accès, les taux d’intérêt sont trop élevés : alors elles se limitent souvent à prendre de petites quantités avec les producteurs qu’elles transforment et vendent ;
  • Selon les investigations de l’UNERIZ, la production collective de l’ensemble des centres ne représente que le quart de la production des 3163 membres prises individuellement (soit 1300 tonnes seulement). Cela signifie que la plus grande partie du riz étuvé est produite à la maison.
  • De même, les revenus tirés des centres d’étuvage sont moins importants (162.500FCFA/an/femme) que lorsque l’étuvage se fait individuellement (en moyenne 425.000FCFA/an/femme en fonction de leur capacité de transformation et de leur accès au crédit). Le système de rotation appliqué dans les centres d’étuvage ne permet pas à une femme d’étuver une grande quantité de riz et donc d’avoir des revenus importants : mais le centre reste très important pour avoir la qualité.
  • L’approvisionnement stable en paddy, condition pour permettre aux étuveuses d’augmenter leurs volumes de production et de vente, est aussi menacé par les changements climatiques. Amener tant les producteurs (fournisseurs de paddy) que les étuveuses à la définition de règles de protection de l’environnement devient une nécessité.
  • Le riz n’est pas vendu en utilisant le même emballage et une seule marque : les consommateurs ne savent donc pas reconnaitre le bon riz, et il est difficile de faire des campagnes de publicité sans un label bien défini (marque).
  • Faibles capacités techniques en entrepreneuriat : Les femmes ne savent pas toujours comment dresser un bon compte d’exploitation qui prend en compte tous les éléments de coût ; elles ne savent pas assez comment fonctionne le marché du riz, comment les prix sont fixés.
  • La transformation [des centres d’étuvage] en coopératives commerciales est le plus grand défi et la condition première pour garantir la durabilité de leurs activités

Selon Alimatou Ouedraogo, les défis actuels de l'UNERIZ sont;

Nos Stratégies

La stratégie retenue pour améliorer l’étuvage au niveau individuel est la suivante :

  • L’appui des femmes à la conception d’un modèle de franchise adapté à l’activité d’étuvage ; la franchise ici étant perçue comme
  • le test du modèle d’affaires avec des femmes volontaires ;
  • la capitalisation et le partage des résultats de l’expérience.

La conception du modèle de franchise se fera avec 4 unions membres de l’UNERIZ : Bama, Banzon, Douna et Karfiguela, à travers un système itératif incluant l’ensemble des 10 unions membres. La phase test du modèle conçu pendant ce projet concernera une dizaine de femmes dynamiques, sélectionnées parmi les membres des 4 unions. Si le modèle s’avère rentable, l’expérience sera élargie à toutes les unions membres de l’UNERIZ et pourra créer un engouement pour l’adhésion d’un plus grand nombre de femmes à l’UNERIZ et au modèle de franchise.

Groupes cibles

Les 3.163 femmes étuveuses membres de l’UNERIZ forment le groupe cible du projet. Les bénéficiaires indirects sont les producteurs de riz auprès desquels les femmes vont s’approvisionner en paddy, les fournisseurs d’équipement, les grossistes qui distribuent le riz, et les consommateurs ruraux et urbains qui auront accès à un riz de qualité.

La zone d'intervention;

Qu'attendons nous en fin de projet ?

  • Un modèle d’affaire en franchise adapté aux besoins des femmes étuveuses est développé avec l’ensemble des parties prenantes

  • Les femmes étuveuses du Burkina Faso membres de l'UNERIZ accroissent durablement leurs revenus en vendant un riz étuvé de qualité et en quantité.

Le modèle d’affaire en franchise permet de résoudre plusieurs préoccupations majeures des femmes étuveuses individuelles ou en petites entreprises :

  • un système durable de financement des investissements pour garantir la qualité est construire;
  • des services de renforcement des capacités techniques en étuvage, en entrepreneuriat, sont offerts aux femmes individuelles par l’UNERIZ
  • les producteurs adoptent des pratiques innovatrices en écologie ;
  • la commercialisation du riz étuvé de bonne qualité est facilité par l’utilisation d’une marque.

A long terme .....

Le modèle est prêt à être mis à l'échelle dans d’autres pays en Afrique de l’Ouest producteurs et consommateurs de riz étuvé. Un accroissement des revenus

Echange avec Christ Vansteenkiste

23/03/2018 09:56

Christ Vansteenkiste, coordinateur du Cluster riz de Rikolto (le cluster regroupe tous les programmes riz du réseau Rikolto pour réfléchir et échanger les expériences sur les thématiques communes), a rendu visite aux femmes étuveuses de riz au Burkina Faso. Avec Michel Tougma, chargé de programme au Burkina, ils ont échangé avec les femmes sur le projet de franchise : quels sont les progrès réalisés dans la construction du modèle d'affaires en franchise ? Quelles sont les difficultés auxquelles sont confrontée les femmes aujourd'hui ?

En tant que coordinateur du cluster riz, Christ pourra partager l’expérience avec les programmes des autres régions du réseau Rikolto engagées dans l’appui des chaines de valeur du riz.

Durée du projet : janvier 2017 à décembre 2018

Budget : 144 208 euros

La création et la gestion de centres d’étuvage

RIKOLTO a appuyé l’union de Douna, membre de l’UNERIZ, pour la construction d’un centre d’étuvage moderne selon le principe de la marche en avant, afin de permettre aux femmes membres de cette organisation de produire et vendre un riz étuvé de qualité. Le centre de Douna contribue maintenant de manière fiable à améliorer la qualité du riz étuvé :

  • Le taux d'impuretés et rupture du riz a diminué de 50% dans la ligne de base à 10% en 2016. Cela est dû au fait que les femmes maîtrisent le processus d'étuvage et ont tous les équipements nécessaires à leur disposition;
  • Le centre Douna est devenu un centre / modèle de référence;
  • Le pourcentage de produits transformés répondant aux normes formelles de qualité du marché passe de 20% (base de base) à 75% en 2016;
  • Le volume de riz transformé est passé de 121 tonnes (base) à 420 tonnes en 2016 sur une attente de 630 tonnes.

Ce modèle a été répliqué dans les autres 9 autres centres avec le soutien d'autres bailleurs de fonds. Des visites d'échange et des formations sont organisées dans le centre pour d'autres organisations.

Revenus des femmes et autonomisation

La qualité améliorée a facilité la vente de riz étuvé sur les marchés. grâce à la construction et à l'équipement du centre de Douna, la vente de riz étuvé sur le marché a augmenté, ce qui a entraîné une augmentation de la demande. Cela a permis d'améliorer le revenu des rizicultrices. Grâce à la formation en SRI organisée par RIKOLTO et d’autres partenaires, la quantité des semences utilisées a diminué, améliorant ainsi la rentabilité. Les femmes (étuveuses) affirment qu'elles peuvent gagner environ 450 000 francs CFA par an pour la production individuelle. la capacité financière des femmes s'est améliorée grâce à la production et à l’étuvage du riz. Les femmes affirment que cela s'est avéré une source de revenu fiable qui les aide à faire face aux dépenses et aux besoins des ménages, sans dépendre des hommes. De nombreuses femmes ont également un degré plus élevé d'indépendance financière et de contrôle sur leur propre revenu même s'ils demandent parfois des conseils à leurs maris..

Capacités entrepreneuriales

Deux contrats ont été signés avec SONAGESS: le premier de 200 tonnes avec UDERD en 2015 ; en 2016, un contrat de fourniture de 400 tonnes a été signé entre SONAGESS et UNERIZ, dont 100 tonnes ont été attribuées à UDERD. Le contrat de 200 tonnes avec SONAGESS a été retardé en raison du fait que les femmes sont généralement plus intéressées par le traitement individuel, plutôt que par le traitement de groupe, ainsi que par la période de paiement relativement longue.

  • Le pourcentage de riz vendu par vente collective par UDERD par rapport au volume total vendu est passé de 5% (base) à 80% en 2016.
  • Le prix de vente obtenu par UDERD par rapport au prix plancher est passé de 5 % (ligne de base) à 25% en 2016
  • Le prix offert (détail) aux transformateurs pour le riz étuvé et emballé varie de 325 CFA francs (base) à 500 CFA / kg et 1000 CFA / kg pour les marchés de niche

La sécretaire permantente de UNERIZ à Bobo, Alimatou Ouedraogo confirme que le changement de mentalité des femmes et la création de l'esprit d'entreprise sont les changements dont elle est le plus fière;

Utilisation durables des ressources naturelles

Les femmes de Douna ont toutes adopté les meilleures pratiques pour réduire l'utilisation de l'eau pendant la cuisson à la vapeur. De même, un foyer conçu pour brûler les balles de riz comme combustible, a été effectivement mis au point grâce au soutien financier de RIKOLTO. L'utilisation des chauffe-eau solaires est en cours d'expérimentation pour remplacer l'utilisation du bois.

Accroissement des volumes transformés

Le volume de riz transformé est passé de 121 tonnes en 2014 à 420 tonnes en 2016 sur des prévisions de 630 tonnes.

Accès aux financements

Deux contrats de crédit ont été signés avec Coris Bank - l'un de 46 millions de francs CFA en 2014 et l'autre de 25 millions de francs CFA en 2016 à un taux d’intérêt de 8 %. malgré l'obtention réussie du crédit par le centre, il n'y a toujours pas de crédit individuel. Les femmes impliquées dans le centre ont indiqué que leur crédit était insuffisant et retardé.

Union Nationale des Etuveuses de Riz du Burkina Faso

Union Nationale des Etuveuses de Riz  du Burkina Faso

Michel Tougma, Chargé de programme

Email : michel.tougma [at] rikolto.org
Téléphone :

  • Bur: +226 25 37 52 98 ;
  • Cel : + 226 70 74 57 18